On y entre comme on bascule. La nuit à Bushwick n’est jamais tiède, elle est excessive, étrange, familière et folle à la fois. À l’entrée, on nous tend des boules Quies. Un détail qui en dit long. À l’intérieur, l’air est chargé : humidité, corps, sons, et cette odeur entêtante de cacao fondu. Une fête ? Une hallucination ? Un rite païen sous stroboscopes. C’est un immense warehouse aux ambiances disco. La musique pulse, grave et chaude, elle vous prend sous la peau. Elle ne demande pas la permission, elle vous traverse. Ici, les jeunes viennent danser, vivre, se rencontrer. Les corps se croisent, se reconnaissent sans avoir besoin de mots. Les profils sont multiples, éclectiques, mais la fête est une. Elle réunit. Elle élève. C’est une boîte alternative, et elle fait du bien. Quelques jours plus tard, c'est la révélation. Le chocolat, celui que j’ai offert à Émilie de Tramasure, ultra-local, fabriqué à Bushwick, rémunérant équitablement ses producteurs venait d’ici ! De ce lieu. De cette Chocolate Factory. Je dansais là où ce chocolat est fabriqué (Fine & Raw). Je respirais déjà ses notes, sans le savoir. C'est ainsi que je compris enfin qu'à New York, les espaces sont rares. Alors, quand un lieu existe, il faut l’habiter à fond. Le faire vibrer jusqu’à la moelle. La Chocolate Factory incarne cela. Elle se partage entre deux réalités : une fabrique de chocolat le jour, un laboratoire du sensible la nuit. Ce surplus d’espace devient un supplément d’âme. Au milieu de la piste, une colonne massive, presque incongrue. Une ligne de vie ? Une balise ? Ou peut-être un vestige d’un vaisseau spatial, autour duquel gravitent les danseurs. Quatre DJ se sont succédés ce soir-là. Des femmes et des hommes, intenses, magnétiques, ne jouant pas de la musique : ils canalisaient l'énergie aux alentours pour la rendre sous forme de son. Ils sont là pour faire battre les cœurs à l’unisson. Je danse. D’abord avec ma copine, ses amis, tous installés à New York. Puis seul. Je m’éloigne. J’ai besoin de m’absorber dans ce moment, de le vivre pleinement, de devenir ce que la fête appelle. Je regarde. J’écoute. J’observe les visages, les mouvements, les éclats. Il n’y a pas de téléphones. Personne ne se filme. On est là pour de vrai.
soundcloud.comsoundcloud.comsoundcloud.comsoundcloud.comPart of: BUSHWICK